LETTRE DE BALTHAZAR (49)
de Dingle (Kerry, Irlande) au Crouesty (Golfe du Morbihan)
du Lundi 16 Juillet au Mardi 24 Juillet 2012
Le Fastnet se dresse là sur son roc, à trois encablures de BALTHAZAR. Descendant au portant de Dingle je me devais, après avoir doublé Mizzen Head, d’infléchir notre route directe vers les îles Scilly d’une quinzaine de degrés pour venir saluer et faire découvrir à mes équipier(e)s le phare mythique.
Des pages de légende ont été écrites par des générations de coureurs s’élançant chaque année du Solent pour venir le virer puis revenir au point de départ. Quel superbe parcours de près de 800 milles plein de finesses et de ruses, de pièges à éviter, de fameux caps : Portland Bill, Start Point, Saint Alban, Lizard Point, Land’s End, à négocier où les forts courants de marée de la Manche lèvent des mers très dures contre les vents d’Ouest lorsqu’ils s’opposent. Combien de skippers et d’équipiers sont arrivés là à la fois exaltés et épuisés par une remontée très éprouvante au près contre les vents d’Ouest et ont poussé des soupirs de soulagement en le virant avant de repartir aux allures traîtresses du portant. On ne s’engage sans doute pas dans la plus grande course offshore britannique, « Le Fastnet », sans respect, humilité et sans doute un peu de crainte. Le Fastnet a eu aussi ses drames. Le plus catastrophique eut lieu du 14 au 15 Août 1979 lorsqu’une tempête très violente et non prévue (les météorologues comprennent mieux aujourd’hui le mécanisme tridimensionnel des dépressions à centre chaud) surprit et mit en difficulté sérieuse ou en détresse le gros de la régate, soit près de trois cent voiliers avec des vents de force 10 à force 11. Il y eut 24 bateaux abandonnés dont 19 ont été récupérés à flot. Sept des quinze décès survinrent parmi les équipages qui s’étaient réfugiés dans les radeaux de sauvetage. Ces quelques chiffres indiquent pourquoi aujourd’hui il est fortement recommandé de n’abandonner le voilier qu’en dernière extrémité lorsque celui-ci vous abandonne et coule. Un voilier moderne en bon état et bien mené est extraordinairement résistant aux pires tempêtes et reste bel et bien le meilleur refuge. Il n’y eut tous comptes faits que 5 bateaux coulés sur 300 !
Il est 19h30 ce Mercredi 18 Juillet par 51°23’N 9°17’W. Salut, glorieux Fastnet ! Cap maintenant sur la mer Celtique et les îles Scilly à l’entrée de la Manche, à 150 milles. Le temps s’est levé annonçant une descente paisible au Largue puis Grand Largue sous génois seul (l’équipage est trop réduit, d’autant plus que Pierre est très gêné par un bras affaibli par une blessure au tennis, pour sortir de sa chaussette et maîtriser le spi de 220 m². Je suis bien tenté mais ce n’est pas raisonnable). Demain en fin d’après-midi nous serons au mouillage dans le Grimsby Sound, entre les îles Tresco et Bryer, au sein de l’archipel des îles Scilly.
Mais revenons à Dingle que nous avons quitté ce matin dans le crachin, la brume et une visibilité réduite. J’ai retrouvé avec plaisir Dingle vingt années après y être venu avec Marines. Ravissant petit port de pêche, bien abrité au fond d’une baie fermée dans laquelle on pénètre par un étroit goulet, avec ses petites maisons colorées, ses nombreux pubs et son animation. Nous sommes ici au cœur de l’Irlande gaélique, je devrais dire d’Eirann. Principal port du Kerry au XIVième et XVième siècle les pèlerins s’y embarquaient pour St Jacques de Compostelle notamment via Camaret où une ravissante chapelle bien restaurée, que nous revisiterons avec plaisir dans quelques jours, les accueillait directement sur la digue.
Nous y avons passé deux jours et demi d’escale agréable et reposante. Le crachin et le plafond bas de brume n’ont pas laissé percer le soleil. Comme dirait Eckard, admirez cette infinie variété de gris ! Mais avec les pâturages bien verts cloisonnés par de longs murs de pierres sèches, moussues plutôt, et les tâches blanches des moutons et des fermes éparpillées sur les collines entourant la petite agglomération çà passe très bien, d’autant mieux que, entre autres, le Murphy’s, le Dick Mack’s et le Droichead Beag, pubs animés par des musiciens et chanteurs du cru, versent des bières pression et autres Irish Coffees aux marins inconsolables de Balthazar, dans une ambiance très bon enfant, familiale même. Les Irlandais ont conservé cette tradition de rencontre conviviale et chaleureuse qui existaient autrefois chez nous dans les cafés mais que l’envahissement de la Télé a tué.
Le capitaine qui n’est pas un grand amateur de poisson se laisse aller à manger avec l’équipage d’énormes fishs and chips de cabillaud ou de Haddock (églefin), mais ils sont si frais qu’il se surprend à les apprécier.
En sortant du chenal dragué Fungie est venu saluer notre départ. Assez inhabituel, ce gros dauphin est venu s’installer dans la baie depuis 1984 et accompagne les entrées et sorties des bateaux au grand bonheur des touristes. Je ne voulais pas croire que c’était le même Fungie qui avait escorté Marines en 1992. Et bien si, tout au moins c’est ce que m’affirme sans hésitation le responsable de la capitainerie qui ne semble pas galéjer. Non, il ne semble pas (le dauphin) être salarié de l’Office du Tourisme. Oui, dans les livres un dauphin vit plus de cinquante ans. Quoiqu’il en soit c’est la grande attraction de cette petite ville et on retrouve partout sa silhouette, y compris sur les T shirts et autres casquettes.
Traversée assez rapide sous voiles, par vent d’Ouest traversier de force 5 la première journée. Le temps a beaussi nous offrant un superbe ciel étoilé pendant la nuit animée par le croisement de nombreux chalutiers. Fin de nuit paisible au Largue puis le vent faiblit comme prévu en journée nous obligeant à terminer la traversée au moteur. A la mise en route de celui-ci je constate qu’il n’est pas possible de mettre les pales de l’hélice en position marche arrière (pour mettre l’hélice en position grand pas plus économique lorsqu’il y a petit temps il faut faire une courte marche arrière pour plaquer les pales dans le sens du grand pas avant de mettre la marche avant). Les vibrations fortes indiquent sans ambiguité qu’un bout empêche les pales de pivoter et les font caviter. Marche avant donc à petit pas et plongée au mouillage au programme pour éliminer ce bout. J’avais bien noté une marche arrière lente et paresseuse en quittant le ponton de Dingle mais comme le vent était nul je manoeuvrais à régime moteur faible et je n’y avais pas prêté trop attention. C’est donc dans le port de Dingle que je l’ai ramassé.
Arrivée dans le splendide New Grimsby Sound entre les îles Tresco et Bryer. L’archipel des Scilly nous offre un temps magnifique dans la lumière dorée du couchant. Nous sommes amarrés à un coffre (prise de coffre délicate dans le courant sans l’aide de la marche arrière) dans ce mouillage de rêve, la température de l’eau est montée à 15°C, le chauffage est maintenant éteint. Apéritif dans le cockpit après avoir retiré le rideau des mers froides. C’est l’été.
Grand beau temps le lendemain matin. Il va bien falloir plonger pour retirer ce sacré bout. A ma honte j’accepte la proposition d’Elizabeth de tenter de faire le boulot. L’eau est quand même bien fraîche et, claustrophobe , je dois prendre beaucoup sur moi-même pour mettre une combinaison, un masque et plonger sous la voûte qui fait quand même 5 mètres de largeur. Elizabeth, malgré de brillants efforts, n’arrive pas à couper le bout de bout qui est bien là. Je dois y aller… Le coupe orin a bien fait son travail dans le port de Dingle sans que je ne m’aperçoive de rien. Seul un petit bout (bout vert flottant en propylène qu’utilise les pêcheurs pour leurs casiers) tout effiloché empêche les pales de se replier complètement pour passer de l’autre côté. Un petit coup de marche avant pour bien déployer l’hélice, une plongée le Wichard à la main (attention en nageant, il scie et coupe comme un rasoir, réservé qu’il est à cet emploi comme aux manœuvres désespérées dans le gréement courant ou les voiles – comme par exemple la prise de ris irlandais - par vents forts et manœuvres bloquées) pour scier et détacher la touffe, une autre pour manœuvrer les pales et vérifier que tout est clair et le boulot qui me coûtait tant au départ est finalement fait facilement. Ce n’est pas comme sur Marines dans un mouillage perdu dans une île sauvage en Norvège, à trois jours de mer de Bergen par une eau à 6°C au mois de Mai 2005 en route pour Tromsö et le Spitsberg. J’avais bêtement pris l’orin de l’ancre dans l’hélice et il n’y avait pas la place sur Marines d’installer un coupe orin entre la sortie de l’arbre d’hélice, les anodes collier et l’hélice MaxProp elle-même. Un moteur Diesel de 115CV a un couple très élevé et l’orin enroulé sur l’arbre de 40mm dans la gorge entre les anodes et la bague hydrolube de sortie de l’arbre devient dur comme une barre de fer. Il ne s’agit plus de couper mais de scier un à un les tours car c’est impossible vu la tension et la compression extrême de défaire les tours à la main. Il m’avait fallu près de trois heures dans l’eau pour en sortir, heures réparties sur l’après midi et le lendemain matin. J’en étais sorti exténué et grelottant. Mais quand il faut, il faut. Dur souvenir mais satisfaction d’avoir réussi cette tâche qui me coûtait tant. Les plongeurs qui me lisent doivent bien rigoler, moi non je n’ai pas rigolé. A chacun son Everest.
Après le déjeuner très agréable marche dans l’île de Tresco. Cette île ravissante est baignée comme l’ensemble de l’archipel par des eaux d’une petite branche du Gulf Stream. Le climat est doux et il n’y gèle pratiquement pas. Du coup des arbres et plantes exotiques ont été plantés autour d’une abbaye. Les quelques maisons qu’on y rencontre sont très fleuries et soignées, de nombreux faisans peu sauvages courent dans les prés, des oiseaux de mer et de terre se reposent dans de petits étangs entourés de verdure. Quelle impression de beauté et de sérénité nous recueillons dans ces lieux ! Quelle douceur de se retrouver à marcher sous des frondaisons après avoir passé plusieurs semaines dans le monde minéral et rude du Groenland, ou des montagnes rases de l’Islande. Nous restons un moment assis sur la plage bordée d’une eau turquoise face aux autres îles de l’archipel qui font face, précisément là où nous étions venus dans les années 80 avec Nenad (Hrisafovic, dit Hrisa), Anne-Marie, Roland et Hedwige, sur Merak l’excellent voilier de Nenad. Anne-Marie, courageuse, s’était baignée. Te souviens-tu, Nenad, de cette belle arrivée à la tombée de la nuit alors que le vent fraîchissait et approchait la force 7 ? Heureusement que l’estime était bonne, que les courants de la Manche avaient bien été pris en compte et que nous nous sommes présentés en route directe au bon plein pour embouquer le détroit entre StMary’s et St Agnes. S’il avait fallu tirer des bords cela aurait été rude pour un 9m.
Un petit canote aux voiles cachou et gréement aurique est échoué sur la plage déserte. Nous le regardons appareiller dans le silence. A culer sous le vent, à descendre la dérive, à border voile puis foc : le voilier s’éloigne laissant un léger sillage, une jolie prame à la coque à clins fraîchement repeinte en remorque.
Un peu plus loin en remontant le sentier de la côte orientale voilà Old Grimsby, village blotti dans une anse fleurie. Sur la colline un vieux fortin en granite construit du temps des Tudor domine la minuscule rade. La plateforme de tir de ses canons qui la protégeait nous offre dans la lumière dorée du couchant une vue magnifique sur le village, l’île et l’archipel qui l’entoure. Si parmi les lecteurs il y en a qui veulent se reposer une semaine dans un lieu plein de charme et paisible je leur recommande de venir dans une guest house à Tresco, de préférence l’été quand même.
Au retour, une nouvelle petite aventure nous attend. Un fort courant de marée descend le Sound, courant dont j’avais sous estimé la force, et nous n’avons pas le moteur hors bord du zodiac (en panne depuis le travail d’entretien salopé du chantier de Québec pendant l’hivernage ; une pièce cassée dans le carburateur par Susuki Groenland qui s’efforçait de décoller les dépôts séchés de carburant et graisses venant achever sa mise hors service. J’étais furieux car cela ne m’était jamais arrivé en 40 années de bateau. Il va falloir que je fasse aussi l’entretien annuel du hors bord moi-même, comme je le fais pour le moteur principal et le groupe). Nous revoilà donc en train de ramer à contre courant pour remonter environ un mille avant de rejoindre le bateau. A mi parcours les bras faiblissent et le fort courant de jusant nous oblige à aller raser la rive où le courant est moins fort. Abrités par une petite pointe nous réussissons à gagner sur lui mais échouons à franchir le torrent qui double une deuxième pointe. A mettre pied à terre et franchir la deuxième pointe en remorquant l’annexe à la main depuis les rochers du rivage. Heureusement que la nature m’a doté de longs bras et de longues pattes…. Nous retrouvons après cette pointe une eau plus calme au ras de la rive et allons nous positionner bien en amont de Balthazar. A ramer ferme pour rejoindre la veine principale du courant qui nous emporte comme un fétu de paille vers lui. Attention à ne pas louper le corps mort qui le tient sinon c’est le retour à la case départ. Pas question en effet de contourner le bateau pour embarquer par l’arrière. Nous aurions été incapables d’atteindre la jupe arrière. L’arrêt sur la chaîne du corps mort fut musclé au sens propre ! Escalade de la proue par le capitaine qui amène l’annexe et le reste de l’équipage à la jupe arrière. Fin de l’épisode….
L’apéritif dans le cockpit fut particulièrement apprécié ce soir là et nous tombions après le dîner dans nos bannettes les muscles endoloris et les paupières lourdes de sommeil, en particulier les pagayeurs-plongeurs-marcheurs de la journée !
Le réveil sonne à 6h du matin. Il faut effectivement la pleine mer pour franchir sans certitude de s’échouer sur les hauts fonds découvrant qui permettent de gagner à trois milles de là le port de Hugh Town, chef lieu de l’archipel sur l’île de St Mary’s. Prise de coffre au soleil levant et solide petit déjeuner. Débarquement en zodiac, promenade dans les ruelles de cette petite station balnéaire animée en pleine saison. Au bout du quai principal nous assistons au débarquement des touristes d’un bateau qui les amène avec armes (épuisettes, cannes à pêche, appareils de photos, vélos…), bagages et chiens en laisse depuis la Cornouaille britannique. Amusante observation d’une galerie de personnages qui défilent sur le débarcadère : des jeunes filles en shorts rase bonbon et T-shirt avec leurs bossoirs bien mis en valeur, des gros bras tatoués, des couples âgés se tenant à leur canne avec des chaussures impeccablement cirées, des pêcheurs maigres et sérieux, des spécialistes photographes (de ceux qui voyagent et voient le monde à travers leurs objectifs), …...
Que fait un équipage de marins débarquant à Hugh Town en plein soleil et tempête de ciel bleu à l’approche de midi ? Il se rend à la Mermaid, célèbre Pub des Scilly pour y boire une bonne bière pression. Déjeuner dans le restaurant attenant puis belle balade au fort qui domine et protège le port en montant une ruelle raide bordée de cottages abondamment fleuris. Promenade sur un chemin qui suit en les dominant les fortifications modestes mais très étendues qui défendent toute la presqu’île à l’Ouest de Hugh Town, jusqu’à Cressa Beach, chemin offrant des vues magnifiques sur les îles et les récifs de l’archipel. Le capitaine pique une sieste sur un banc au cours de cette promenade pendant que ces dames s’en vont à la plage et que Pierre monte la garde à proximité du banc, mais à l’ombre. Il a eu bien raison car je m’en sors avec des jambes rose crevette. Heureusement que ma tête était bien protégée (et davantage bronzée) par la belle casquette de St Pierre et des lunettes de soleil enveloppantes.
Comment dans ces conditions ne pas rêver en effet, devant l’immense tapis de récifs et de roches qui s’étend sur plusieurs milles au loin sous ses yeux jusqu’au phare de Bishop Rock, au nombre incroyable de naufrages qui s’y sont produits. Ces hauts fonds barrent sur une dizaine de milles la route de l’entrée de la Manche. Les malheureux bateaux qui arrivaient là dans le crachin, le brouillard ou le gros temps, avec une estime vieille de plusieurs jours qu’ils n’avaient pu recaler au sextant faute de pouvoir viser un astre, venaient régulièrement s’y fracasser jusqu’à ce que le Decca puis le GPS viennent améliorer (relativement récemment) la précision de la navigation. Le plus grandiose sinon le plus dramatique fut celui de cette petite escadre de bateaux de guerre de la Royal Navy embouquant sans visibilité la Manche et montant impeccablement alignés les uns derrière les autres sur les écueils derrière leur navire amiral. Bloody Hell !
Dimanche 22 Juillet. Le réveil sonne cette fois-ci encore plus tôt, à 3h15. Le capitaine a fixé l’appareillage à 4h pour se présenter, à l’heure idéale de la pleine mer de Brest soit 20h locales ce jour, à l’entrée du chenal du Four, chenal qui commande en venant du Nord ou de la côte des abers l’entrée de la rade de Brest en se faufilant derrière Ouessant, Molène et autre Béniguet. Il s’agit en effet d’embouquer avec le début du jusant ce long chenal de près de dix milles avec le courant pas encore trop fort mais favorable. Chenal bien marqué par des balises, des alignements et des phares pour éviter les dangers qui le parsème.
Le grand beau temps anticyclonique se poursuit et c’est donc malheureusement au moteur que se fait dans la journée cette traversée de la Manche par une tempête de ciel bleu et une mer à peine ridée. Balthazar embouque le chenal du Four à l’heure dite. Les amers et noms familiers défilent : La Valbelle, la Grande Vinotière, les bâtiments du Cross Corsen sur la pointe de Kermorvan, le petit port du Conquet, la Pointe St Mathieu dans la lumière du couchant. A 21h45 nous accostons à couple d’un vieux gréement superbe, Annabelle, sous pavillon britannique, dans le port de Camaret, à deux pas de la tour Vauban et de la ravissante chapelle romane du XVième siècle de Notre Dame de Rocamadour (Celle-ci fut construite à l’extrémité de la digue pour accueillir directement les pèlerins débarquant d’Angleterre ou d’Irlande pour partir sur les chemins de Compostelle. Il fallait une Foi inébranlable pour s’engager à cette époque dans pareille aventure !).
Revoilà Balthazar en France après deux années d’absence et d’aventures autour de l’Atlantique. En allant acheter du pain frais et des croissants je retrouve avec plaisir le lendemain matin, Lundi 23 Juillet, toujours par un temps magnifique d’été, ce joli petit port coloré de Camaret. Devant nous, accosté au même ponton, un superbe vieux gréement tout neuf attire le regard : il s’agit de la reproduction d’un des deux yachts de Jules Verne, que l’association Jules Verne de Nantes a fait tout récemment construire à l’identique. J’admire la qualité du travail : mât et bôme en lamellé-collé, superbe caps de mouton (pour rider les haubans), soins apportés dans l’accastillage en bronze, le gréement courant…Un orchestre de marins jouent des airs bretons sur le pont avant visiblement pour son plaisir car le ponton n’est pas encore très animé. Matinée tranquille de vacances ; pour ma part je vais lire l’Equipe et la presse du jour au Café de la Marine en sirotant un Pastis en attendant l’heure du déjeuner ; dur, dur le bateau.
16H30. C’est l’heure d’appareiller car l’étale au Raz de Sein ne nous attendra pas. Isabelle, une copine très boute en train de Sabine, la belle-fille de Mimiche, et son mari Alain, ancien de la Royale, couple très sympathique venu du village voisin de Lanvéoc dans la rade de Brest où ils habitent, venu bavarder un moment avec nous, nous largue gentiment les amarres. Après avoir doublé, immédiatement après la sortie du port, la pointe du Toulinguet Balthazar range de près le superbe alignement des Tas de Poix puis, laissant à bâbord le cap de la Chèvre et la baie de Douarnenez, met le cap sur la Plate, à une quinzaine de milles, qui marque, en compagnie de la Vieille, le passage du Raz de Sein. Passage paisible au moteur appuyant les voiles dans une petite brise virant doucement au Nord puis au Nordet. Par le travers de la Pointe de PenMarch le phare d’Eckmuhl s’allume après que le soleil ait lentement plongé dans la mer en feu. Douce nuit claire d’été. Quel plaisir de retrouver cette côte familière si bien balisée par des feux à terre, sur des bouées ou des tourelles. Dans ce petit vent de Nordet qui s’est maintenant établi à force 3 ou 4 Balthazar avance dans le silence et pratiquement immobile sur une mer plate, sous un ciel constellé d’étoiles. En doublant la Jument des Glénan, bouée marquant à l’Ouest les dangers de l’archipel je rêve pendant mon quart au périple superbe de près de 26000 milles, des hautes latitudes Sud aux hautes latitudes Nord de l’Atlantique que Balthazar est en train d’achever tranquillement là cette nuit. Le phare de Pen Men à la pointe NW de l’île de Groix nous envoie son clin d’œil protecteur, le puissant phare d’atterrissage sur Belle Ile de Goulphar s’est levé au-dessus de l’horizon, droit devant l’étrave le phare de la pointe des Poulains à la pointe Nord de Belle Ile nous fait maintenant signe.
La météo ne pouvait pas nous offrir un vent plus favorable, une nuit plus belle, une visibilité plus grande, un ciel plus beau, une mer plus apaisée pour cette arrivée ce Mardi 24 Juillet. N’est-ce pas la plus belle invitation à gagner l’an prochain de nouveaux horizons ? Nous y réfléchirons cet hiver.
Aux parents et ami(e)s qui nous font la gentillesse de s’intéresser à nos aventures nautiques.
Equipage de Balthazar : Jean-Pierre, Pierre et Elizabeth (Dubos),Mimiche (Durand)